Dykumentaire

Dykumentaire

Dykumentaire

Extrait de la note d’intention de Capucine Intrup: « RESUME :

C’est après avoir vu le documentaire Thanks God I’m a Lesbian de Dominique Cardona et Laurie Colbert (1992) que m’est venu le désir de filmer mes amies et amies d’amies lesbiennes, une trentaine d’années plus tard. Reprendre le même procédé : des entretiens en face caméra rythmés par des questions simples – découverte du lesbianisme, coming- out, rapport au féminisme, aux pratiques SM, au couple monogame etc. Comment les discours ont-ils évolués ? Qu’est-ce qui a changé entre les lesbiennes des années 90 et celles d’aujourd’hui ?
Lorsque j’ai vu le documentaire pour la première fois, j’ai été touchée par la dimension intime de ces discussions : la sensation de ce « quelque chose » d’indicible et de puissant, qui a peut-être toujours été là, du désir de le partager, de le mettre en mots, le revendiquer, le performer etc. Comme les réalisatrices, je souhaite collecter les paroles de ces femmes sans parti pris, sans discours à priori. Parce qu’il est toujours nécessaire de produire des objets lesbiens, de collecter des témoignages, de générer des archives pour plus tard. En gardant toujours à l’esprit la spécificité du lesbianisme : l’inventivité face à l’hégémonie des représentations et des pratiques hétéro, qui permet de cultiver un regard critique sur la société, un point de vue « extérieur depuis l’intérieur ». C’est pourquoi il me semble important de laisser la parole se faire, de ne pas trier, uniformiser (par des questions trop orientées ou par le montage) ce qui sera dit.

Le documentaire de D. Cardona et L. Colbert est centré sur la question de l’identité lesbienne : la nécessité politique de la définir et de la revendiquer, vingt ans après le MLF et les Gouines Rouges. Le contexte politique est très différent aujourd’hui : le rapport au militantisme, aux concepts, aux questions de genre etc a bougé depuis les années 90. La question ontologique de l’identité lesbienne reste fondamentale mais la question du lesbianisme en tant que pratique culturelle et donc en métamorphose perpétuelle nous intéresse aussi. Nous choisissons de déplacer la question: non plus « qui suis-je en tant que lesbienne ? » mais « comment est-ce que je pratique – ou non – mon lesbianisme?».

Chaque femme sera filmée dans un lieu de son choix, où elle a ses habitudes ou bien où elle pratique quelque chose qu’elle aime (un terrain de foot, une salle de théâtre, un lieu de travail etc). Nous aimerions à la fois discuter avec elle dans ce lieu et la filmer en train de pratiquer (une répétition de théâtre, courir sur un terrain par ex). Comme dans le documentaire Thanks God I’m a lesbian, les entretiens seront couplés à des photographies apportées par celles qui seront interviewées. Ces photos ne seront pas utilisées comme des illustrations de ce qui sera dit mais plutôt comme contrepoint formel à la partie discussion. On trouvera également des plans filmés à caractère plus expérimental (ex : des plans érotisés de statues féminines installées dans les parcs parisiens). »